Commémoration, Haute-VIENNE, Shoah, 25/06/2025
La famille Fargeaud honorée à titre posthume pour avoir sauvé la famille Morhange à Limoges en 1943
Remise de la Médaille des Justes parmi les Nations par M. Gérard Benguigui, délégué régional du Comité français pour Yad Vashem, à Philippe Fargeaud, descendant de la famille Fargeaud
Après de longues recherches menées par l’Institut Yad Vashem, la Médaille des Justes parmi les Nations a été remise, le 25 juin 2025 à Limoges, aux descendants d’Adolphe et Léonie Fargeaud. Ce couple a sauvé en 1943 la famille Morhange, réfugiée de Paris, lors de deux grandes rafles antijuives dans la ville en février et octobre 1943.
Albert Morhange, ancien combattant décoré de la Première Guerre mondiale, s’était réfugié à Limoges en zone non occupée en juin 1940 avec son épouse Maria et leurs deux fils, Pierre et Jean-Paul. Issu d’une famille installée auparavant à Montluçon, puis à Paris, il était profondément attaché aux valeurs républicaines.
Après l’invasion de la zone libre par les Allemands en novembre 1942, la situation des Juifs à Limoges devient extrêmement dangereuse. L’étau se resserre : la mention « juif » est imposée sur les papiers d’identité, les contrôles et les rafles se multiplient, et la peur s’installe dans toute la communauté juive locale.
Cette obligation résulte de la loi du 11 décembre 1942, qui impose à tous les Juifs, français ou étrangers, de faire apposer la mention « juif » en lettres rouges sur leur carte d’identité et leur carte d’alimentation.
Cette mesure vise à faciliter leur identification et leur arrestation lors des rafles.
En janvier 1943, ulcéré par cette obligation, Albert Morhange aurait, selon la mémoire familiale, exigé qu’on tamponne à la place sa carte d’ancien combattant, un geste de colère et de protestation, pas forcément calculé, mais qui eut pour effet qu’il pouvait ensuite présenter à la police une carte d’identité restée vierge en cas de contrôle.
C’est au cœur d’une maison bourgeoise au 134, avenue Baudin à Limoges, en 194, que la famille Morhange est recueillie et cachée par Adolphe Fargeaud – ancien pâtissier – et son épouse Léonie, alors que sont menées deux grandes rafles antijuives la même année. Leur geste de solidarité et de courage leur a valu d’être reconnus comme Justes parmi les Nations.
La cérémonie de remise de la médaille, à titre posthume, a été présidée par M. Gérard Benguigui, délégué régional du Comité français pour Yad Vashem. Elle s’est tenue en présence des descendants des familles Fargeaud et Morhange, à Limoges.
Yad Vashem, l’Institut international pour la mémoire de la Shoah basé à Jérusalem, a pour mission de documenter, préserver et transmettre l’histoire de la Shoah. Sa devise, « Qui sauve une vie, sauve l’humanité toute entière » (citation du Talmud), illustre l’importance de chaque acte de courage et de justice au cœur de cette époque tragique.
Albert Morhange est décédé en 1944, son épouse Maria Eugénie lui survécut jusqu’en 1974.
Sources :
Yad Vashem – Famille Fargeaud : https://yadvashem-france.org/dossier/nom/14335/
- Dossier Yad VashemM.31.2/14335
AJPN – Anonymes Justes et Persécutés durant la période nazie : https://www.ajpn.org/personne-Albert-Morhange-15626.html
Le Populaire du Centre : https://www.lepopulaire.fr/limoges-87000/actualites/apres-avoir-cache-une-famille-de-juifs-a-limoges-en-1943-le-couple-fargeaud-decore-a-titre-posthume_14710316/
- 7àLimoges, Reportage de la cérémonie de remise de la Médaille des Justes parmi les Nations à la famille Fargeaud, diffusé en juin 2025 sur YouTube
- Academia.edu – Juifs et Justes : brève histoire de deux familles de Limoges, les Morhange et les Fargeaud
Christophe Morhange, petit-fils d’Albert Morhange © Fanny Dupuy
Intervention et remerciements de Jean-Paul Morhange, fils d’Albert Morhange © Fanny DUPUY