Raoul et Hedwige Hausmann

Personnalités refugiees en Limousin

Raoul Hausmann : artiste dadaïste exilé en France, réfugié à Peyrat-le-Château durant la Seconde Guerre mondiale

Raoul Hausmann, 1920 (ou avant), Richard Huelsenbeck, éditeur : Dada Almanach. Berlin : Erich Reiss Verlag, 1920, p. 144-145.
 

Figure majeure du mouvement dada, le Tchèque Raoul Hausmann est l’un des artistes les plus singuliers de l’avant-garde européenne. Né le 12 juillet 1886 à Vienne, installé à Berlin dès 1900, il participe activement, à partir de 1918, à la fondation du dadaïsme berlinois aux côtés de Hannah Höch, George Grosz et John Heartfield.

Richard Huelsenbeck (à gauche) et Raoul Hausmann (à droite) à Prague lors de leur tournée dada de janvier à avril 1920. Extrait de l’édition allemande du « Dada Almanach » (1920). Photographe inconnu.

Le 23 février 1923, il épouse Edwige Mankiewitz, future compagne de son exil qui par ailleurs est juive. En 1933, son art étant considéré comme « dégénéré » par le régime nazi, il doit quitter l’Allemagne, passant par Ibiza, Zurich puis Prague. 

En 1934, face à la montée du nazisme et à la marginalisation des artistes d’avant-garde, il choisit l’exil et arrive en France où il fait un premier séjour entre le 23/08/1934 et le 01/07/1935. En 1938, il s’installe définitivement en France, d’abord à Paris (06/06/1938 au 8 rue Vaugirard), puis en Haute-Vienne à Limoges à l’automne 1939 avec sa nouvelle compagne Edwige Hausmann, née Mankiewitz, qui est juive et tchèque.

Le refuge limousin (1939–1944): un quotidien menacé

À partir de 1940, Edwige doit se soumettre aux mesures antisémites du régime de Vichy, notamment le recensement obligatoire. Sommé de quitter Limoges pour le 20/08/1941, le couple s’installe provisoirement à Chateauneuf-la-Forêt où les autorités de Vichy leur demande à nouveau de partir. Ils s’installent alors à Peyrat-le-Château où Edwige est recensée comme juive étrangère le 10/07/1941, le  17/02/1942 puis le 16/01/1943. Elle parvient néanmoins à échapper au transfert vers Drancy après son arrestation lors de la rafle d’août 1942 (son mari étant considéré comme « aryen », elle est exemptée et libérée avec lui) mais la situation du couple est d’autant plus précaire qu’il vit alors dans un milieu rural isolé.

Cela dit, cet isolement forcé s’avère aussi une période d’activité créatrice intense : Hausmann explore la photographie, le collage, l’écriture, et produit une part importante de son œuvre photographique limousine.

Comme le note Pascal Plas :

« Le repli permettait aussi un travail de création ; Raoul Hausmann par exemple utilisa une grande partie de son temps à des recherches sur la photographie » (Plas, 2016)1

Après-guerre : Limoges et le dénuement

À la Libération, le couple s’établit à Limoges. Malgré une reconnaissance internationale grandissante, Hausmann vit dans une grande précarité et peine à subsister de son travail. Il poursuit pourtant sa recherche artistique jusqu’à sa mort, survenue à Limoges le 1er juillet 1971.

Un fonds exceptionnel au Musée d’art contemporain de Rochechouart

Le Musée d’art contemporain de Rochechouart conserve aujourd’hui un important fonds Raoul Hausmann, comprenant œuvres, archives, manuscrits et documents essentiels pour comprendre son parcours et son rôle dans l’avant-garde du XXᵉ siècle.

👉 Fonds Raoul Hausmann : voir le site du musée de Rochechouart.

© Fanny Dupuy, mise à jour 15/11/2025

Sources

  1. Pascal Plas, Migrations : l’errance des artistes étrangers en France de 1939 à 1944, https://www.unilim.fr/iirco/2016/03/11/pascal-plas-persecutions-et-errances-des-artistes-en-france-de-1939-a-1944/#_ftn27

refugiesjuifs87

Chercheuse indépendante et enseignante, je consacre mon temps libre à éclairer l'histoire des réfugiés juifs en Haute-Vienne durant la Seconde Guerre mondiale, au temps de la Shoah grâce à mes recherches dans différents lieux d'archive . Mon travail porte d'abord sur les réfugiés juifs étrangers arrêtés et déportés après un passage au camp de Nexon lors de la rafle du 26 aout 1942.

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