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Léon K – Interné à Nexon dans le Limousin et rescapé de la Shoah

Documentaire historique avril 2024

Le cas Léon K
Un documentaire de Jérôme Prieur et Aude Vassallo
(80 min – France, 2024 – Arte France / La Générale de productions)

Les multiples vies de « Léon K. » : une enquête

Lecture des lettres sur le site Lumni-https://www.lumni.fr/video/leon-kacenelenbogen

« Je suis un vulgaire Juif, un sale youpin, […] mais j’ai vingt ans et je veux vivre. »


Ainsi s’adresse Léon Kacenelenbogen au maréchal Pétain le 27 août 1942 depuis le camp de Douadic (Indre), où l’a conduit la police française.*

Le lendemain, depuis le camp de Nexon (Haute-Vienne) où il vient d’être transféré, il écrira une seconde lettre quasi-identique :

« Camp de Nexon, le 28 août 1942
Monsieur le Maréchal,
Veuillez avoir l’indulgence de gaspiller quelques-uns de vos précieux instants à lire les lamentations d’un condamné à mort. »

Le documentaire Le cas Léon K. s’appuie sur ces deux lettres écrites à un jour d’intervalle pour retracer le parcours d’un jeune homme happé par la machine administrative et policière de Vichy, presque effacé de l’histoire.

Léon, Polonais de naissance, parviendra malgré tout à échapper à la déportation. Les recherches d’Aude Vassallo et Jérôme Prieur permettent aujourd’hui de reconstituer une partie des circonstances de sa survie de cet homme énigmatique.

Un film issu d’une enquête au long cours

Réalisé par Jérôme Prieur, le film s’appuie sur une enquête historique approfondie menée par Aude Vassallo, qui a patiemment reconstitué les traces laissées par Léon Kacenelenbogen dans les archives françaises, belges, espagnoles et israéliennes.

L’enquête complète, prolongement du travail documentaire, est accessible en ligne :
👉 https://lecasleonk.com/

Le « K. » : une initiale lourde de sens

En réduisant Léon Kacenelenbogen à une simple initiale, le titre du film rappelle une tradition littéraire dans laquelle des personnages, désignés par une lettre, se trouvent confrontés à des systèmes administratifs impersonnels et inaccessibles — on pense notamment à Kafka.

Léon K. devient ainsi à la fois un individu singulier et un « cas », au sens administratif du terme, emblématique de milliers d’autres destins pris au piège de la bureaucratie vichyste.

Le parcours de Léon Kacenelenbogen

Né en 1921 en Pologne, Léon Kacenelenbogen a fui la Belgique où il vivait avec sa famille. Le 16 juillet 1942, jour de la rafle du Vel d’Hiv à Paris, il parvient à franchir clandestinement la ligne de démarcation. Assigné à résidence à Argenton-sur-Creuse, il pense un temps être à l’abri.

Il est pourtant arrêté lors de la rafle du 26 août 1942, menée cette fois dans toute la zone libre par la gendarmerie française et la police de Vichy. Interné successivement à Douadic, Nexon, puis transféré au camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), antichambre de Drancy et des camps de mise à mort, Léon comprend qu’il ne peut attendre.

Il s’évade, traverse à pied les Pyrénées, est emprisonné en Espagne au camp de Miranda de Ebro, avant d’embarquer sur le Nyassa, premier bateau de réfugiés à destination de la Palestine mandataire.
Après la guerre, il s’installe en Israël, puis retourne vivre en Belgique, où il meurt à Anvers en 2017, à l’âge de 96 ans, sans jamais raconter publiquement ce qu’il avait traversé.

 Une enquête collective

Pour approcher Léon K., son mystère et ses silences, le film donne la parole à des historiens, archivistes, écrivains, artistes et membres de sa famille, parmi lesquels :

  • Philippe Barlet (camp de Douadic)

  • Anne Boitel (camp de Rivesaltes)

  • Marcel Cohen (écrivain)

  • Fanny Dupuy (camp de Nexon)

  • Alexandre Doulut (Historien spécialiste de la Shoah et du camp de Rivesaltes)

  • Laurent Joly, conseiller historique du projet

  • ainsi que deux membres de la famille Kacenelenbogen

Le film procède ainsi par filature, poursuivant une ombre à travers les lieux, les documents et les traces administratives.

Diffusions, adaptations et prolongements

  • Première diffusion télévisée :
    Mardi 1ᵉʳ avril 2025 à 22h30 sur Arte et arte.tv

  • Diffusion actuelle :
    Chaîne Histoire Plus

  • Adaptation théâtrale :
    Les vies de Léon, créée à partir de son histoire
    👉 https://www.theatre-la-passerelle.eu/Les-vies-de-Leon

     Vidéos complémentaires

    Des vidéos autour du film, de l’enquête et de ses prolongements sont disponibles sur la chaîne YouTube dédiée :
    👉 https://www.youtube.com/@LeCasLéonK

    Sélections et distinctions

    • 2025 – Les Rendez-vous de l’Histoire, Blois
      Sélection – Prix du documentaire historique

    • 2024 – Festival du Film d’Histoire, Pessac
      Séances spéciales – Hors compétition

    Pourquoi ce film compte

    Le cas Léon K. éclaire une dimension souvent méconnue de la politique antisémite de Vichy : celle des réfugiés étrangers internés en zone libre, raflés en août 1942 par la police et la gendarmerie françaises.

    À travers deux lettres restées sans réponse, le film redonne un nom, une voix et une trajectoire à l’un de ces anonymes — sans jamais faire oublier ceux qui, eux, n’ont pas survécu.

*Lettre diffusée dans le documentaire Les Suppliques, réalisé par Jérôme Prieur, écrit par Laurent Joly et Jérôme Prieur, France, 2022, 63 min.

© Fanny Dupuy, 14/12/2025

refugiesjuifs87

Chercheuse indépendante et enseignante, je consacre mon temps libre à éclairer l'histoire des réfugiés juifs en Haute-Vienne durant la Seconde Guerre mondiale, au temps de la Shoah grâce à mes recherches dans différents lieux d'archive . Mon travail porte d'abord sur les réfugiés juifs étrangers arrêtés et déportés après un passage au camp de Nexon lors de la rafle du 26 aout 1942.

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