Kurt LEROI
Kurt LEROI,
41 ans,
Allemand (devenu apatride),
Arrêté à: Saint-Yrieix-la-Perche, convoi 27
Kurt est né le 20/10/1900 à Berlin (Schöneberg) en Allemagne.
Origines familiales: une vie entre l’Allemagne et la Belgique
Ses parents se nommaient:
- Oscar, né le 06/07/1876 à Bad Ems (Rhénanie-Palatinat))
- Helene née WERTHEIM le 18/02/1877 à Berlin.
Ils étaient originaires d‘Heidelberg (aujourd’hui land du Bade-Wurtemberg, avant 1945 Bade) , mais le père s’était installé en Belgique avant 1914 à Ixelles où il travaillait pour le compte de l’entreprise AEG (Allgemeine Elektricitäts-Gesellschaft), une entreprise allemande d’équipements électroniques et électriques grand public.
Au moment de la Première Guerre mondiale, malgré le fait qu’il soit exempté car sourd, il fit plusieurs aller-retour entre la Belgique et l’Allemagne avec sa famille avant de revenir définitivement en Allemagne fin 1918.
Kurt avait également un frère cadet nommé Ernest, de nationalité française et qui vivait avant-guerre à Chatenay-Malabry, 18, rue E.Durkheim.
En 1927, les parents de Kurt apparaissent sur la liste des passagers du SS Berengaria qui partit de Cherbourg le 20/08/1927 et arriva à New York le 26/08/1927 (visiblement pour un voyage d’affaire puisque ce document mentionne comme motif un nom d’institut financier, le » Ladenburg Thalmar Co-Bankers »–25, Broad, NY et un séjour de deux mois). A cette date cette liste mentionne aussi l’adresse de leur fils Kurt à Berlin (« Schrager », weg 7).
Kurt, quant à lui épousa successivement:
- Catherine/Katharina NAAS (née le 29/07/1901 à Darmstadt, (Hesse, près de Francfort) le 17/05/1923 à Darmstadt. Avec elle, il eut 3 enfants.
- Eva, née le 02/12/1924 en Allemagne à Darmstadt
puis deux fils nés en Belgique:
- Peter Rudolf (Rolf Pieter), né le 13/01/1929 à Bruxelles
- Karl Pieter, né le 14/01/1933 à Uccle
Après le décès de sa première épouse 4 jours après son dernier accouchement, Karl épouse en deuxième noce Alice (née GETTEMAN/ JETTEMAN le 18/09/1905 à Odessa qui est d’origine russe mais de nationalité belge) à Bruxelles le 05/07/1933.
Selon les lois nazies sa femme était considérée comme « aryenne » ce qui n’empêcha pas Kurt d’être déchu de sa nationalité en 1939.
On sait aussi grâce aux documents des archives belges et d’Arolsen que Kurt était initialement ingénieur électricien avec également des compétences dans le secteur de l’agronomie (ce qu’il mis en avant lors de ses demandes d’émigration répétées).
A Berlin, il avait notamment travaillé comme ingénieur pour la firme SIEMENS.
La famille était donc déja installée en Belgique bien avant-guerre (depuis le 10/10/1927, d’abord à Ixelles puis à Uccle), pays que Kurt connaissait déja depuis l’enfance.
Ce dernier avait d’ailleurs demandé sa naturalisation mais la guerre court-circuita ce projet de rester vivre en Belgique avec les siens.
Le déclenchement de la guerre: l’expulsion de Belgique et l’internement en France
La dernière adresse de Kurt avant son expulsion en tant que juif étranger, qui plus est allemand était au 208, rue Washington .
Comme de nombreux autres Juifs étrangers considérés comme suspects, il est déporté dans des camps d’internement du sud ouest de la France par les autorités belges le 10/05/1940 au moment de l’invasion de l’Allemagne nazie. C’est ainsi qu’il est ensuite interné:
- à St-Cyprien
- puis à Gurs avec 3000 autres hommes du 29/10/1940 au 16/06/1941 [source A.DOULUT]
Libéré (à une date inconnue), il rejoint d’abord Limoges en juin 1941 (Haute-Vienne) puis réside à Saint-Yrieix-la-Perche, 1 rue de la Fonderie.
Le 06/01/1942, il est recensé à St-Yrieix-la-Perche avec ses parents Oskar et Helene (ces derniers vivaient à Bosmie jusqu’au 31/03/1940) mais comme protestant.
Une nouvelle liste le recense (certainement en aout 1942), mais cette fois-ci comme réfugié juif étrangers arrivé en France après le 01/01/1936 (avec ses parents).
Quelques semaines plus tard, il est arrêté le 26 août 1942 puis déporté sans retour par le convoi 27.
Malgré un certificat du Pasteur Chaudier attestant du fait qu’il appartenait à l’Église protestante, aucune clause d’exemption n’est appliquée. Ses parents sont en revanche libérés du fait de leur âge.
Son frère ( à vérifier) aurait lui aussi été déporté durant la période.
Trois enfants sont mentionnés sur des documents d’archive locales avant sa déportation sans que l’on sache si Eve est bien Eva Marie et où vivaient ces enfants à l’époque (Eve, 17 ans, Charles, 13 ans et Didier 9 ans).
D’après les documents Arolsen il est recherché par sa fille Eva Maria après-guerre et aurait selon cette recherche survécu jusqu’à la fin de la guerre après avoir été évacué d’Auschwitz vers un hôpital polonais. Cela dit sa trace ne sera jamais retrouvée ensuite…
Destinée de la famille
- La mère de Kurt, Helene, qui résidait avec son mari Oscar à St-Yrieix à la même adresse que son fils meurt après-guerre, le 04/06/1946 (à St-Yrieix). On apprend dans un dossier administratif qu’elle donnait quelques leçons particulières d’allemand « et vivait modestement » après avoir été chassée d’Allemagne par le régime nazi. Le père de Kurt réside encore à St-Yrieix après-guerre et après la mort de sa femme. Les documents administratifs mentionnent son départ en date du 01/12/1949 pour Heidelberg en Allemagne.
Son fils Ernest , frère de Kurt a quant à lui survécu à la guerre.
© Fanny DUPUY
Sources:
- ADHV
- AGR
- ITS Arolsen
- Passenger and Crew Lists of Vessels Arriving at New York, New York, 1897-1957 (National Archives Microfilm Publication T715, roll 4114); Records of the Immigration and Naturalization Service, Record Group 85.
- Merci à Mr M. pour les précisions apportées sur la fin de vie de Kurt Leroi ainsi que sa famille.
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